Neutralité ou neutralisation de la pensée critique?
Amira Yahiaoui
Psychologie Clinique
Cet article pose l’hypothèse que les contraintes institutionnelles spécifiques des centres de rétention administrative (CRA) modèlent la pratique clinique des psychologues, influencent leur posture thérapeutique et transforment leur fonctionnement psychique. L’étude s’appuie sur une recherche qualitative combinant des entretiens non-directifs avec des psychologues et l’observation ethnographique dans une unité médicale au sein d’un CRA. Les psychologues exerçant dans ces structures font face à une clinique marquée par l’incertitude et la discontinuité de la relation thérapeutique, due aux libérations soudaines et aux expulsions. Face à cette « clinique de l’expulsion », les praticiens adoptent une pratique centrée sur l'« ici et maintenant » dans un contexte de surveillance et de crise psychique. L’article critique ensuite le recours au concept de « neutralité » par les psychologues, qui diverge de la neutralité bienveillante de la psychanalyse et fonctionne plutôt comme une « neutralité bureaucratique », stratégie défensive face aux contraintes institutionnelles. L’articulation entre la pratique clinique et la politique — entre les mondes proximal et distal — reflète des stratégies défensives que renforce une formation centrée sur les approches diagnostiques. Cette dissociation dépolitise les psychologues et restreint leur capacité à intégrer le soin, l’éthique et une analyse critique des rapports de pouvoir.
Analyse clinique réservée aux membres
Résumé clinique, implications pour la pratique, limites de l'étude et schéma méthodologique.